

" Chorégraphié par Anthony Egéa de la compagnie Rêvolution pour la danseuse Emilie Sudre, Soli 2 réussit un exploit : brandir tous les clichés féminins pour finir par les épuiser dans la virtuosité sèche du défi physique. L'intelligence du corps hip-hop décliné en talons-aiguilles et minirobe noire - une panoplie à l'opposé du look sportswear ad hoc pour le style acrobatique qu'est le break -, resplendit d'une beauté guerrière.
A l'assaut ! Emilie Sudre fond à grandes enjambées sur son tapis de danse comme sur une proie. Chacun de ses mouvements au sol, de ses renversements tordus, est affûté, net et déterminé. Elle semble sculpter son corps en direct, peser chaque déplacement musculaire, moduler ses étirements comme on tire sur une note de musique.
La "breakeuse" n'est là pour personne, entièrement concentrée sur les difficultés jouissives de son rituel à elle. Entre exercice d'hygiène et exutoire, Emilie Sudre, petite cousine hip-hop de Lara Croft, devient l'héroïne d'une fiction qu'elle crée à la seconde rien qu'en dansant. Le scénario pourrait se dérouler dans sa cuisine, la représentation posséderait la même saveur sophistiquée et sauvage à la fois.
Aucune séduction facile dans ce solo porté par les sons de Tedd Zahmal. Une âpreté intérieure perceptible rend la danseuse invulnérable, intouchable. Sa jupe peut se relever au maximum lors de ses pirouettes sur la tête, elle peut même atterrir dans les coulisses... Emilie Sudre, seulement vêtue d'un slip et de genouillères noirs, reste simple et fière. Jamais sa nudité, dans quelque position que ce soit, n'occulte la danse et sa qualité d'écriture, qui la protègent comme une armure invisible. "
Rosita Boisseau, Le Monde, 1er février 2007