

Une pêche d'enfer !
Une formidable allégresse du mouvement, des corps aux prouesses étonnantes, et un humour tout terrain. C'est ce mélange artistement dosé et servi qui a fait de Triptyk, présenté mercredi soir au Plaza par la compagnie Révolution, un pur régal tonique et enlevé. Qui transmet des vibrations vives et colorées, une irrésistible envie de se mettre à danser.
Là où la danse contemporaine a parfois tendance à s'enfoncer dans un académisme pouvant être perçu comme hermétique et austère, la compagnie Révolution, elle, privilégie une expression d'emblée très ludique et accessible. Où le hip-hop, cette danse venue de la rue, accueille, embrasse, intègre, détourne et s'enrichit d'autres influences et courants, allant du classique à l'afro. Pour créer, au final, une expression totalement originale, et diablement séduisante.
Ce que montre très bien la compagnie Révolution, au fond, c'est à quel point le mouvement, et sa maîtrise, n'ont en vérité pas de genre, de frontière, de barrière. Cela s'applique d'une part au niveau du sexe, le hip-hop, cette discipline jusqu'ici très largement masculine étant ici maîtrisée de flamboyante façon par des danseuses également. Cela se manifeste aussi, plus largement, au niveau physique. Et se traduit, dès le premier volet de ce Triptyque, intitulé "Les Mutants", pièce fantastique où deux personnages soudés, prisonniers de la difformité de leur corps, agissant d'abord à l'unisson, vont ensuite être contraints à s'affronter pour tenter d'acquérir leur liberté, rejoints en cela par un troisième personnage, également monstrueux mais solitaire, lui aussi en quête de libération. Dès le départ, et jusqu'à la fin de ce spectacle, on reste ébahis devant ces corps qui semblent ne pas devoir connaître de limite dans la déconstruction et la prouesse, alliant une souplesse hors du commun à un sens du rythme époustouflant. Ici, les corps créent le mouvement, et le mouvement décompose et recrée les corps à l'envi, montrant aussi le refus d'établir non seulement des frontières mais aussi des hiérarchies entre les genres.
C'est ce que dit superbement le deuxième tableau, "Culture Choc", qui oppose dans un premier temps les entrechats gracieux d'une ballerine classique, et les acrobaties saccadées d'un danseur de hip-hop. Comme dans cette discipline, ils vont tous les deux se lancer des défis, rivalisant de virtuosité, tendus dans la même conviction et volonté de prouver leur arrogante supériorité. Jusqu'à ce que l'affrontement technique commence à laisser la place à une sorte de jeu gai et sensuel, emportant finalement les deux protagonistes dans une sarabande d'une irrésistible allégresse.
Quant au dernier tableau, judicieusement intitulé "On s'lâche", il fait parler l'humour à pleins pots, chacun des membres de ce groupe étalant sa virtuosité technique propre, avant de se retrouver dans un "pas de six" facétieux sur un air du Lac des Cygnes ! Un vrai régal, dont on sort vivifié, avec une vraie envie de se mettre, aussi, à danser !
Week-end magazine
Un hip qui fait hop
Le hip-hop au sommet de son art. Fini le temps où le rap était considéré comme la danse des vandales. Le style évolue et donne lieu à de nouvelles formes dexpression.
Si le rap excelle, le jazz en est létincelle, rappe Mc Solaar. 1991 voit la naissance de la Compagnie Révolution avec ses trois filles venues du jazz et de la musique classique. Révolution revendique son appartenance au monde hip-hop. La machine enclenchée, la troupe avance vers un nouvel horizon, celui de la fusion. Entre-temps, Anthony Egéa, un des co-fondateurs du groupe se perfectionne en tant que chorégraphe à travers des échanges avec dautres chorégraphes de renom. Anthony Egéa, lui qui, à seize ans, pro de smurf, danse dans les rues de Pessac, sa banlieue natale, sans imaginer quil ferait de sa passion son métier. Avec Rue Magique présentée en 2000 au festival des danses urbaines, la Compagnie Révolution bouleverse tous les schémas de lexpression hip-hop pour créer un moyen dexpression très rigoureux, lui permettant de construire un univers à la fois onirique et concret.
Les maux par les mots, cest ainsi quon guérit, chante Mc Solaar. Début 1980, le hip-hop foule le sol français en provenance des ghettos du Bronx aux States. Cette nouvelle culture comporte plusieurs vocations artistiques : la danse, la tchatche(le rap), le deejaying ainsi que le graff. Lidéologie de cette culture urbaine veut surtout canaliser la révolte engendrée par les jeunes des quartiers défavorisés. La danse, elle, est née des défis que se lancent les danseurs autour des mouvements, des performances, des figures imposées, des compétitions censées canaliser lagressivité et la violence, et en transformant ces énergies négatives en positif. La culture prend forme de mouvement. En même temps, la mouvance gothique naît en France après lépoque du Salsa du démon. Dans les banlieues, une nouvelle musique émerge, prônant louverture, le respect, laffrontement par la danse et la recherche artistique. La Compagnie Révolution, elle, se tourne vers le métissage des styles. Révolution, nos rêves nous font évoluer... La troupe met sur pied des chorégraphies hip-hop mélangées à du classique-jazz.
Le public aura la chance de découvrir la danse hip-hop-classique-jazz, une discipline originale, propre à exprimer par le corps ou les mots, les problèmes et conflits éternels de lêtre humain. En dautres mots, le hip-hop dans toute sa plénitude culturelle.
Hansley Antoine