

Très virtuose pour protéger l'intime
Par Philippe Verrièle, juillet 2007
"Au son des talons hauts ceux qui ont vu le film L'Homme qui aimait les femmes comprendront avant même la silhouette moulée, à contre-jour, la figure est posée. Féminine jusqu'aux clichés, Emilie Sudre est venue en découdre. Marche de torero autour du tapis blanc, cambrée, regards de défi au public. Il faut, par parenthèse, imaginer ce qu'est alors l'arène d'une salle pleine de hip hopeurs survoltés et venus le spectacle des virtuoses s'affrontant et l'aplomb nécessaire pour être comme Emilie, là.
Elle se jette dun coup sur le rectangle, comme un tatami, et enchaîne les variations du hip hop avec une lenteur qui témoigne d'une maîtrise impressionnante. Du haut des hauts talons la gestuelle de rue devient comme une calligraphie, une épure de funambule. Encore plus fort, elle enlève une chaussure On imagine très bien que cet étalage de virtuosité ait fait taire bien des relents de machisme. C'était le but.
A force de se prendre les bras dans sa robe moulante, la voilà femme voilée sur un air oriental. Et la gestuelle hip hop dans cet appareil devient manifeste pour une émancipation. Puis elle en arrive là, de dos, à moitié nue. Elle danse encore, avec une pudeur délicieuse, cachant le plus que la danse le permet, ses seins. La scène est d'une grande beauté, mais la démonstration est faite et il n'y a plus guère à en dire. Et cela s'achève ainsi.
Soli 2 est la partie centrale dun triptyque qu'Anthony Egéa a dévolu à une remise en cause des clichés du hip hop. Devenu autonome, la démonstration que fait Emilie Sudre s'attaque au sexisme souvent dénoncé de ce milieu, mais l'intensité de la présence, le jeu de domination de l'nterprète sur le public et qui évoque la tauromachie, dépasse largement l'objectif initial. Cest aussi la Femme jouant de son attrait comme une arme, de sa séduction comme dun pouvoir, qu'exprime ce solo. Si parfois, cela évoque Matador d'Almodovar, cela explique aussi pourquoi et le passage dans le solo n'en est que plus important dans certaines cultures dont sont issus certains membres de la culture hip hop, la femme est contrainte, abaissée et voilée."
"Le solo SOLI 2 d'Anthony Egéa fait sur mesure pour Emilie Sudre, met en valeur la danseuse hip hop souvent cantonnée dans des partitions décoratives et faussement féminines. Ici, elle n'a pas besoin de recourir à une gestuelle jazzy ou africaine pour exister et faire preuve de grande sensualité et de puissance."
Marie-Christine Vernay, Libération - 06/02/2007